Développer ses habilités sociales : les smalls talks

Vous voyez cette mamie qui prend trois heures à papoter de la pluie et du beau temps avec la caissière alors que vous êtes à la bourre ? Et bien, ce qu’elle baragouine et fait, c’est du small talk. Et si c’est très agaçant pour vous dans cet exemple, c’est à bien des égards tout à fait utile !

Les utilités du small talk

Le small talk revêt d’une grande utilité PHATIQUE. Pathique, c’est un nouveau mot avec lequel vous pourrez vous gonfler le narcisse en l’utilisant en public, mais aussi un terme qui décrit la fonction d’un énoncé, non pas quant à l’information qui y est contenu, mais quant à ce qu’il permet de comprendre de l’interaction sociale. Bon, je pense vous perdre, donc prenons plutôt un exemple !

Quand on dit « Allô ! », on ne donne aucune information en tant que tel, c’est juste un code pour faire comprendre qu’on a décroché et qu’on est prêt à écouter. C’est donc un mot avec une utilité essentiellement PHATIQUE !

Bref, les smalls talks ont eux aussi une utilité phatique. Ils permettent en effet de démarrer la conversation avec un sujet typiquement banal et accessible à tous. Cela est une sorte de code ou jeu, auquel les interlocuteurs vont procéder le temps qui leur conviendra bien avant de démarrer des sujets plus importants s’ils le souhaitent. Ça permet généralement de prendre la température pour savoir si l’autre à également envie de parler, de démarrer tranquillement, de trouver au fur et à mesure des sujets communs, mettre à l’aise…

Le small talk comme brise glace

Ainsi, quand je rencontre un nouveau patient, bien que j’aie en tête qu’il n’a probablement pas pris un rendez-vous chez la psy pour parler météo, je vais souvent commencer par un petit small talk car je doute que la personne ne soit à l’aise de suite pour me parler de comment elle a été agressée, de toutes ses pensées suicidaires etc. d’emblée.

Moi à un nouveau patient : « Quel temps de chien ! »

Le patient : « M’en parler pas, ça fait longtemps que je ne m’étais pas pris une telle douche ! »

Moi, qui rebondit alors : « J’imagine que tu n’es pas venu en voiture du coup. T’habite dans le coin ? »

Le patient : « Oui, pas loin. Du côté de Wazemmes. »

Moi, qui recentre : « Donc bien 15 minutes de douche alors ! Mais bref, t’es surement pas venu me parler météo. Mais ce n’est pas forcément facile de dire direct pourquoi tu es là… Si tu veux je peux déjà commencer par me présenter ? »

Le small talk pour de la légèreté

Les smalls talks peuvent également être utilisés comme pause dans une discussion profonde. Imaginez que votre amie vous parle d’un sujet intime, genre elle vous annonce qu’elle s’est faite harcelée plus jeune, vous ne savez pas quoi lui répondre sur le moment et il y a un blanc qui visiblement la gêne… Faites un petit bout de small talk, avant de lui dire que vous ne saviez pas quoi lui dire et que vous n’avez toujours rien trouvé d’intelligent à répondre ! ^^

Le small talk, c’est d’ailleurs ce que fait parfois durant des consultations, devant la lourdeur de certains propos, en mode faisons une pause avant de reprendre.

Le patient en pleurs après m’avoir raconté de façon détaillé un trauma : « Sniff, sniff… »

Moi, qui me dit que je ne vais pas lui en remettre une pièce, il a déjà sorti un gros morceau : « Et sinon, t’as vu comme il a plu aujourd’hui… C’est dingue, hein ! »

Le patient, qui sourit en comprenant que je fais du small talk pour le faire redescendre et qui me suit en séchant ses larmes : « Dingue, en effet. Et en plus ça continue comme cela toute la semaine ! »

Moi, qui me dit qu’il a esquissé un sourire et que je peux proposer tranquillement de reprendre le fil : « Ce serait plus simple si on parlait météo, hein !? » 

Le small talk comme marque d’intérêt

Aussi, le small talk peut constituer une marque d’intérêt. Vous voyez la boulangère, cette piplette, comme elle est bonne commerçante, à avoir un petit mot léger mais attentionné à ses clients ? Ba voilà ! Aussi, le small talk, généralement axé sur un sujet léger plutôt que grave ou spécialisé, est peu coûteux pour beaucoup de personnes et est donc aussi utilisé pour marquer l’intérêt que l’on porte à quelqu’un si on a peu d’énergie. Exemple ? Quand je rentre chez moi après une longue journée de travail, je discute plus volontiers avec doudou de ce que j’ai mangé à midi que de ce que je pense des locutions phatiques en contexte amoureux !

Le small talk qui cache son jeu

Enfin, on peut faire passer subtilement diverses informations avec du small talk, de façon volontaire ou non. S’il s’agit de négocier des prix ou de séduire, le small talk peut-être très intéressant !

Moi à mon date Tinder avec une belle paire de lunette : « Très belle paire de lunettes. Je ne sais pas d’où elles te viennent, mais j’adore – ta monture 😉»

Mon date : « Je ne sais plus d’où elles me viennent, mais elles sont chouettes. Grace à elles, je peux voir et profiter de plein de belles choses 😉 »

Bon, là on n’est pas vraiment au top niveau subtilité, mais c’est le premier exemple qui m’est venu en tête…

Attention à ne pas abusez du small talk tout de même !

Le small talk, c’est généralement un sujet banal, général, accessible à tous. Bref, pas vraiment de quoi vous démarquer, vous livrer réellement, transmettre des informations importantes… De fait, le small talk est donc généralement limité dans les relations avec les proches. Et si vous comptez vous rapprocher de quelqu’un, il vous faudra tôt ou tard parler d’autre chose que de la météo et des animaux de compagnies !

Mes 7 notes de musique pour un small talk qui chante !

Mon 1 er est tout simple !

C’est en forgeant qu’on devient forgeron, non ? Bref, il faut oser et ainsi vous entrainer.

Numéro 2, il faut oser et s’entrainer encore !

C’est le point le plus important. Et si vous ne savez pas auprès de qui vous entrainer, vous pouvez appeler votre mamie qui s’ennuie à l’EPHAD, parler à un SDF qui se sent inconsidéré, vous adressez à ce vieux monsieur bien seul au parc… Bref, faire de votre training une B.A. en montrant de l’intérêt pour quelqu’un ! N’hésitez pas aussi à saisir ses moments « froids » de la vie, où les humains se parlent en mode robotique, en faisant par exemple un bout de small talk à la personne en caisse qui n’en peut plus un jour de solde et qui retrouvera un peu d’énergie avec un simple « Et bien, c’est blindé avec les soldes ! J’imagine que c’est une longue journée pour vous… Quel courage de tenir dans tout ce bruit. Je vous souhaite un bon dimanche reposant ! ». Et si vous êtes trop timide pour vous lancer, venez consultez !

Mon 3 : il faut observer.

Observer votre interlocuteur, ce qu’il fait, ce qui se passe autours de vous… autant d’éléments à partir desquels trouver une idée. Vous pouvez toujours trouver des sujets d’inspiration en suivant l’actualité et préparer des idées de smalls talks par avance si vous avez peur d’être à court d’idée, mais les meilleurs smalls talks sont les smalls talks spontanés !

Numéro 4 : avoir du rebond !

il faut savoir écouter pour rebondir et montrer notre intérêt. Idéalement, je ferai un topo sur l’écoute active d’ailleurs.

Mon numéro 5 : regarder bien votre interlocuteur.

Son comportement non verbal, en plus de ce qu’il vous dira lui-même, est un bon indicateur pour savoir s’il souhaite poursuivre ou non la conversation.

Numéro 6 : prenez des sujets faciles et utilisez plutôt des questions ouvertes

Les sujets positifs sont recommandés afin de démarrer sur une note plutôt sympathique. Les questions ouvertes ou les affirmations suivies d’un « n’est-ce pas » augmentent les changes de relancer la conversation.

Enfin, mon 7ème conseil – et attention, je termine avec un conseil méga important !

Restez vous-même ! Si le but du small talk est souvent de briser la glace, éviter quand même de partir avec des phrases toutes faites qui font le taff mais ne vous ressemblent même pas. Il y a bien moyen de trouver un sujet léger qui vous intéresse un minimum avant de vous livrer au fur et à mesure. Pareil, si je décris des sortes de « règles » qui facilitent le small talk, en fait, il n’y en a pas vraiment ! Tel small talk peut être perçu comme trop insipide ou profond pour l’un et très adapté pour un autre.

Conseil bonus !

N’hésitez pas à parler de votre gêne si vous êtes timide ou intimidé. Votre interlocuteur comprendra que si vous ne le regardez pas dans les yeux, ce n’est pas par manque d’intérêt, mais juste par timidité ou atypie de la situation. Et n’oubliez pas que votre gêne est surtout gênante si votre interlocuteur sent que cela est tabou pour vous ; si vous l’« assumez » et qu’il n’y a pas de non-dit, cela se passe plus fluidement !

Pas d’idée de sujets pour des smalls talks ?

Voici une check-list qui peut vous donner des idées de small talk si vous êtes très débutant.

Observation d’un truc dans l’environnement + petit mot genre n’est-ce pas hein ?

Quel temps de chien, hein ?

Rebondissement sur ce que la personne fait + question ouverte

Je vous vois en train de lire le dernier Weber. Ca fait un moment que je n’ai rien lu de lui mais j’avais adoré les Thanatonautes. Ça donne quoi celui-là ?

Fait général ou d’actualité + avis personnel  

J’en peux plus de la coupe du monde de football… Vivement que ça se termine !

Détail de la personne + je connais aussi !!!!, histoire de montrer un sujet d’intérêt commun potentiel

C’est Maurice et Roy sur votre T-shirt, non ! Ah je suis trop fan de cette série ! Je conseillerai The IT Crowd à tout le monde ! D’ailleurs, je le conseille même sur mon site internet !

Détail de la personne + compliment

C’est Maurice et Roy sur votre T-shirt, non ! Ah je suis trop fan de cette série ! Si tu porte un tel T-shirt, tu dois forcément être quelqu‘un d’intéressant ! D’ailleurs, je le conseille même sur mon site internet, et deux fois en plus !

Et pour les audacieux, voici quelques smalls talks en mode WTF !

Sujet sensible + rire provocateur

Le t-shirt de la coupe du monde, c’est pour soutenir les familles des 6000 ouvriers migrants morts sur les chantiers ou pour reverser de l’argent à des ONG écolo qui luttent contre le Qatar ?

Problématique existentielle + regard hagard

Pourquoi appelle-t-on un bon cuisinier un « cordon bleu » alors qu’un cordon bleu c’est pas très bon en fait ?

N’importe quoi + politique étrangère

Humm. Cool veste ! Et ça n’a rien à voir, mais j’ai l’intuition que vous devez êtes très bon en géopolitique – je ne sais pas pourquoi. Du coup, je ne peux pas m’empêcher de vous demander ce que vous pensez des positions de la Chine face aux défis socio-écologiques de ces trois dernières décennies comparativement à celles prises par l’UE…

Une bonne vieille blague de Toto et c’est tout !

C’est la maîtresse qui s’adresse à Toto. On a vu différents Xénarthres cet après-midi. Cite-moi un mammifère qui n’a pas de dents, un dont on a déjà parlé ou non d’ailleurs… Humm, euh, hum… Mamie ?

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