démarche pré diagnostic tdah

Comprendre la démarche pré-diagnostique du TDAh chez l’adulte

Bon, voici un article qui me simplifiera la vie, en résumant ici ce que je réponds souvent quand on me sollicite pour un bilan TDAh.

Je précise que j’ai fait cet article en pensant aux adultes, car c’est là où la situation est la plus complexe. La plupart de ce que j’y écris est transférable aux enfants et aux adolescents, mais j’y reviendrais en fin d’article.

Le diagnostic est forcément médical

Le diagnostic officiel de TDAh est un acte médical. Et je ne suis pas médecin ! Mais pourquoi suis-je concernée alors ?

Le psychologue spécialisé en neuropsychologie réalise souvent l’enquête, objective les difficultés avec des questionnaires ou tests, regarde si d’autres troubles ou affections psychopathologiques y participent et propose une hypothèse diagnostique solide, mais la confirmation finale revient à un médecin (psychiatre, neurologue ou médecin généraliste formé). 

Pourquoi ce passage obligé par le médecin ? Parce qu’il doit s’assurer que vos symptômes ne s’expliquent pas mieux par une autre pathologie médicale. Par exemple, des problèmes de thyroïde, des troubles du sommeil comme l’apnée, ou certaines carences peuvent provoquer des troubles de l’attention qui ressemblent à s’y méprendre à un TDAh. C’est ce qu’on appelle le diagnostic différentiel organique.

Commencez donc par passer chez votre généraliste si vous ne lui avez jamais évoquer ce sujet et retourner le voir après le bilan neuropsychologique et psychologique.

Le point sur le fonctionnement actuel

La première étape consiste à vérifier s’il existe réellement des difficultés attentionnelles, une hyperactivité ou une impulsivité dans votre vie quotidienne aujourd’hui. Pour cela, nous utilisons des entretiens structurés, comme la DIVA, et diverses échelles d’auto-évaluation.

Cette étape est cruciale car le ressenti personnel peut parfois être biaisé. Certaines personnes très exigeantes envers elles-mêmes peuvent avoir l’impression de dysfonctionner alors que leurs performances sont dans la norme. À l’inverse, d’autres compensent tellement bien leurs difficultés qu’elles minimisent l’impact réel du trouble.

C’est pourquoi je tente, dans la mesure du possible, de recueillir le témoignage d’un proche (conjoint, parent, ami) pour avoir un regard extérieur objectif sur votre fonctionnement.

L’enquête sur l’enfance

Le TDAh est un trouble du neurodéveloppement. Cela signifie qu’il ne peut pas apparaître subitement à l’âge adulte. Il peut bel et bien y avoir des troubles, mais pas en lien avec un TDAh alors. Ou un TDAh subclinique qui s’est déséquilibré… Mais là ca devient technique !

Pour poser le diagnostic, nous devons retrouver la trace de symptômes présents avant l’âge de 12 ans. C’est une limite fixée par le DSM-5, qui est le manuel de référence international pour les diagnostics psychiatriques. 

Petite aparté : avant, l’âge seuil était de 7 ans (s’était la règle pour le DSM-4). Bref, il est possible d’avoir consulté à l’époque du DSM-4 sans conforter l’idée d’un TDAh, mais de l’être devenu depuis le DSM-5 sans avoir changé ! Vivement le DSM-6 !

Cette recherche dans l’enfance n’est pas toujours facile. Les souvenirs peuvent être flous, les bulletins scolaires perdus, ou le contexte familial (conflits avec les parents, éloignement, décès) peut rendre le recueil d’informations compliqué. L’idée est tout de même de tenter de reconstituer cette histoire ensemble, pour voir si la trajectoire développementale correspond à un TDAh.

Le diagnostic différentiel psychopathologique

De nombreux troubles psychologiques peuvent entraîner des symptômes qui ressemblent au TDAh. Eliminer d’autres causes psychologiques, c’est faire le diagnostic différentiel.

Par exemple, une personne souffrant d’anxiété sévère, d’une dépression, d’un burn-out ou ayant vécu un traumatisme peut présenter de grandes difficultés de concentration, de l’agitation ou de l’impulsivité. Il est donc indispensable de faire le point sur l’état émotionnel global, l’anxiété, le sommeil et l’histoire de vie pour s’assurer que les troubles de l’attention ne sont pas la conséquence d’une autre pathologie.

Bon, on peut aussi cumuler les difficultés, ce qui rend souvent le diagnostic plus compliqué.

Le testing neuropsychologique

Contrairement aux idées reçues, les tests de QI (Quotient Intellectuel) et les tests d’attention ne sont pas systématiquement obligatoires pour poser le diagnostic de TDAh, surtout si l’entretien clinique est très clair.

Cependant, ils sont souvent proposés pour deux raisons principales.

D’une part, ils permettent d’objectiver le fonctionnement cognitif dans des situations complexes (par exemple pour distinguer un Haut Potentiel Intellectuel d’un TDAh, ou comprendre comment les deux s’intriquent ; s’il existe des données contradictoires ou d’autres troubles ; si l’enquête dans l’enfance est peu pertinente ou impossible…).

D’autre part, ils sont généralement demandés pour constituer un dossier auprès de la MDPH (Maison Départementale des Personnes Handicapées) si une demande de reconnaissance de handicap ou d’aménagement est nécessaire car ils apportent des preuves chiffrées de vos difficultés.

Et pour les loulous et les adolescents ?

Ba, c’est pareil !

Sauf que parfois les loulous sont trop jeunes pour statuer. Sauf que l’on a souvent déjà les parents et l’enquête dans l’enfance est aisée. Sauf que l’on a généralement besoin de faire les tests pour avoir des aides en classe. Sauf que certaines affections psychopathologiques souvent moins claires dans l’enfance. Sauf que les tests attentionnels ne sont pas toujours sensibles chez les plus jeunes. Sauf que…

Bref. C’est quasi pareil mais pas tout à fait !